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par Thémis, observatrice aux aguets

H-Link 3.0, un nouveau pas franchi dans l’anihilation de notre individualité

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"Améliorer l’Homme, redéfinir l’Homme", ce sont là les paroles proférées par le président de Humanity lors de la présentation de la nouvelle version de sa puce H-link.

Ce sont là les ambitions d’un homme qui dit penser au bien de l’humanité avant le sien. Moi je ne vois à travers ces paroles qu’un homme dont la prétention n’a d’égal que sa mégalomanie.

Cela ne suffisait-il pas à M. Bowman de nous implanter une puce dans le cerveau, et de nous réduire au même rang que le bétail qu’on tatouait autrefois ? Eh bien non ! Il lui faut désormais s’immiscer dans nos souvenirs. Voyager à travers nos souvenirs, les revivre comme si c’était hier, voilà la nouvelle promesse d’H-link.

Prenez garde !

Certains y verront une bénédiction, mais si comme pour moi, cette nouvelle version ne représente pour vous qu’un énième pas vers la disparition de notre intimité, ne faites pas cette mise à jour.

Il est temps mes amis d’ouvrir les yeux sur la société dans laquelle nous vivons.

Une société où le transhumanisme fait loi, où Humanity connait le moindre de nos faits et gestes, la moindre de nos pensées. Est-ce là le monde dans lequel vous souhaitez vivre ? Est-ce là la vie que vous souhaitez à vos enfants ?

Bowman, sous ses airs de bienfaiteur, prétend vouloir guérir les fléaux de notre société, mais ne chercherait-il pas plutôt à satisfaire sa soif de domination ? N’est-il pas lui mêmela cause des dangers qui nous menacent ? D’année en année notre individualité s’efface, nous ne représentons plus que des chiffres aux yeux de ses pseudos-dirigeants qui ne pensent qu’en terme de profit et de contrôle.

Humanity,une entreprise tentaculaire

Rappelez-vous comment tout cela a commencé. Depuis sa création à la fin des années 2040,

la société Humanity n’a eu de cesse de se développer, de grandir et d’absorber les plus grands du secteur des technologies, du biomédical et de la communication,

jusqu’à l’apogée de son règne économique avec le rachat du géant Google a l’aube des années 2070.

Taylor Bowman ne s’en est jamais caché : il rêve d’une humanité connectée, qui fusionnerait à la technologie, des êtres reliés les uns aux autres dans une unité et une harmonie indivisible. Si au cours des décennies de son existence la société s’est diversifiée, innovant toujours plus dans les domaines de la santé et des technologies de communication notamment, c’est depuis toujours le projet H-link qui est l’aboutissement de toutes ses années de recherches dans des laboratoires plus ou moins connus des États.

H-link au service de l’homme ?

La première version d’H-Link est sortie en 2085 et n’a cessé de tendre vers la vision utopiste de son créateur depuis. Une puce greffée à votre cerveau, un réseau mondial qui connecte tous les humains, la disparition des écrans laissant place à un implant rétinien … H-Link a tué les unes après les autres les technologies que les générations précédentes considéraient comme innovantes ; tablettes, smartphones, même le Grand Internet, tout a disparu au profit d’un monopole détenu par Humanity. La société qui brasse aujourd’hui un chiffre d’affaire supérieur au PIB des plus puissantes des nations a fait de nous, ses clients et consommateurs, le produit central de son commerce.

L’humain est devenu marchandise.

Après le commerce de données personnelles ou de santé, c’est maintenant notre vie, du moins ce qu’il en reste dans notre esprit, que Humanity transforme en marchandise. Jusqu’où ira-t-on avant de condamner leurs agissements ? Comment peut-on, en toute conscience, vendre, partager et diffuser une chose immatérielle qui fait de nous les individus uniques que nous sommes ?

Car c’est un autre des services proposés par cette nouvelle version d’H-Link : un visionnage de nos souvenirs mais également la possibilité de les partager sur toute plateforme sociale sur le réseau. N’y a-t-il donc plus aucune limite à la vie privée, à ce que l’on peut mettre en ligne ?

La recherche médicale selon Bowman

Bowman a tout prévu face à ses détracteurs ; il soutient un discours altruiste, applicable à une multitude de champs de la vie quotidienne mais aussi à plus grande échelle. Son premier argument, c’est la guérison de la maladie d’Alzheimer, qu’il a qualifié de « mal du siècle ». Grâce à cette mise à jour de la puce, les malades retrouveront leurs souvenirs perdus.

C’est une grande avancée, certes, dans cette recherche d’un traitement qui stagne depuis des années. Un point positif que Bowman n’hésitera pas à exploiter au maximum de son potentiel, avec la démagogie qu’on lui connait. Ce qu’il ne dira pas, évidemment, c’est que si H-Link 3 offre un soulagement non négligeable aux malades d’Alzheimer,

elle ne résout pas le cœur du problème, à savoir la dégénérescence au niveau neuronal, jusqu’à la perte totale de fonctions vitales

comme la digestion, la circulation sanguine et même le battement continu de notre cœur, facultés dont la DISPARITION est la cause de la mort chez les patients.

De plus, un élément semble être oublié par tout le monde. Posons-nous les bonnes questions : 15 années que nous avons cette puce implantée en nous, 15 années que le nombre de personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer n’a cessé de grimper en flèche. Si autant de personnes souffrent aujourd’hui de ce fléau, et il n’y qu’à voir les chiffres, la cause à mes yeux est plus qu’évidente.

Posez-vous les bonnes questions !

Au-delà des problèmes moraux que posent la nouvelle version d’H-Link, il y a également toute la sécurité qui entoure l’accès à des données aussi privées que les souvenirs. On est, depuis des années, habitués à partager toutes sortes d’information sur nous, de notre état de santé au lieu où on se trouve. La mise à disposition et la circulation de ces données ont déjà causé beaucoup de tort.

Que se passerait-il si, quelqu’un aux intentions illégales ou immorales parvenait à accéder aux souvenirs d’une personne ?

Si, par l’exploration de sa mémoire, il pouvait avoir accès à des informations privées ou compromettantes ? Les possibilités de chantage ou de dénonciation seraient alors infinies.

Mais évidemment, Taylor Bowman saura faire face à toutes ces critiques et ces accusations. A force d’expérience et d’esquive, il a acquis l’approbation de la plupart de la population, transformant le monde en un laboratoire géant où il peut laisser libre cours à son imagination et à ses expériences. Comment faire face à ce géant qui pourrait faire s’effondrer l’économie mondiale d’un claquement de doigts ? Comment s’opposer à cet homme qui tient l’humanité dans le creux de sa main ?

En dénonçant, en parlant, en accusant, en résistant à cette frénésie maladive qui s’empare de la foule à chaque nouvelle innovation de Humanity.

En empêchant, à tout prix, nos mémoires de s’endormir …